SUSPENSION DE VISION 4 : LE PLAIDOYER DU CONSEILLER RÉGIONAL DU SUD, MEKAMBA MEKAMBA RAYMOND MATERNE TROUVE UN ÉCHO INSTITUTIONNEL
Deux jours après la lettre ouverte adressée au Chef de l’État, le ministre de la Communication demande à Canal+ de rétablir, sans délai, la diffusion de la chaîne. Un développement qui remet au premier plan la question de la préservation…
Deux jours après la lettre ouverte adressée au Chef de l’État, le ministre de la Communication demande à Canal+ de rétablir, sans délai, la diffusion de la chaîne. Un développement qui remet au premier plan la question de la préservation des emplois et de l’équilibre du paysage médiatique national. Le chef de l’État, à travers le porte-parole du Gouvernement, donne ainsi suite à la démarche citoyenne de l’homme de média.
Le dossier Vision 4 connaît un nouveau tournant. Alors que la suspension d’un mois prononcée par le Conseil national de la Communication (CNC), le 29 septembre dernier, semblait ouvrir une nouvelle phase dans le bras de fer entre le régulateur et le Groupe L’Anecdote, une intervention institutionnelle est venue modifier la donne.
Dans une correspondance datée du 2 octobre 2026, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, demande à la Directrice générale de Canal+ Cameroun de procéder, dès réception de la lettre, à la reprise de la diffusion régulière de Vision 4 sur les canaux habituels du bouquet.
Cette instruction intervient dans un contexte particulier, quelques jours seulement après le plaidoyer public de Raymond Materne Mekamba Mekamba, Conseiller régional du Sud, journaliste et directeur de publication de Le Reporter Hebdo. Dans une lettre ouverte adressée au président de la République le 30 septembre, celui-ci avait appelé à un réexamen de la suspension de Vision 4, en mettant au centre du débat une dimension souvent moins visible des sanctions contre les médias : l’emploi.
Le régulateur face à sa décision
Le 29 septembre, au terme de sa 48e session extraordinaire, le CNC avait décidé de suspendre Vision 4 de toute diffusion pendant un mois. Le régulateur avait également porté à six mois la suspension du journaliste Thaddée Martial Owona et suspendu pour un mois Boney Philippe, directeur général des médias du Groupe L’Anecdote.
Pour le CNC, ces sanctions s’inscrivent dans un dossier marqué notamment par la non-exécution d’une précédente décision, des difficultés liées aux convocations et des propos considérés comme une défiance à l’égard de l’autorité de régulation.
La décision avait ainsi été présentée par le régulateur comme une réponse à des manquements professionnels et institutionnels. Elle plaçait toutefois Vision 4 au cœur d’une situation dont les conséquences dépassaient le seul différend entre le CNC et certains responsables du Groupe L’Anecdote.
Mekamba Mekamba déplace le débat sur le terrain social
C’est précisément sur ce terrain que Raymond Materne Mekamba Mekamba a choisi d’intervenir.
Dans sa lettre ouverte au président de la République, le Conseiller régional du Sud ne conteste pas, dans son principe, le rôle du CNC. Il reconnaît même explicitement la nécessité pour les médias de respecter les règles professionnelles, l’éthique et la déontologie.
Mais il invite à regarder la sanction sous un autre angle : celui de ses conséquences humaines et sociales.
Vision 4, écrit-il en substance, ne représente pas seulement une chaîne de télévision. Elle constitue également un outil de travail pour des journalistes, techniciens, cameramen, monteurs, réalisateurs, présentateurs, personnels administratifs, chauffeurs, agents de sécurité et autres prestataires.
Autrement dit, derrière un écran privé de signal, il y a des travailleurs et des familles.
C’est cette dimension qui conduit le journaliste à demander au Chef de l’État de favoriser, dans le respect des compétences des institutions et des voies de droit, une solution permettant de concilier autorité de la régulation, responsabilité des médias et sauvegarde des emplois.
« Une bombe sociale » autour de l’emploi
Le plaidoyer prend une tonalité particulièrement forte lorsque son auteur évoque le risque d’une « bombe sociale » autour de l’emploi dans le secteur médiatique.
Pour Mekamba Mekamba, l’enjeu dépasse donc le seul sort de Vision 4. Il touche à la capacité des entreprises de presse à maintenir leurs activités et, par conséquent, les revenus de ceux qui en dépendent directement ou indirectement.
Cette approche a donné à la lettre une portée plus large que le contentieux opposant le régulateur au groupe de médias. Plusieurs médias ont d’ailleurs relayé cette initiative en mettant en avant son appel au réexamen de la sanction et la question de l’emploi.
Le signal ministériel du 2 octobre
C’est dans ce contexte que survient la correspondance du ministre de la Communication.
Adressée à la Direction générale de Canal+ Cameroun, elle demande explicitement la reprise de la diffusion de Vision 4, estimant que le retrait du signal constitue une menace pour l’équilibre de l’espace médiatique national et porte préjudice aux emplois des personnels concernés ainsi qu’à l’économie nationale.
Le vocabulaire employé dans cette correspondance fait ainsi écho à plusieurs préoccupations développées deux jours auparavant par Mekamba Mekamba : liberté d’expression, équilibre de l’espace médiatique, emplois et économie nationale.
La chronologie est donc particulièrement significative : 30 septembre, plaidoyer au Chef de l’État ; 2 octobre, instruction ministérielle en faveur de la reprise de Vision 4.
Il convient néanmoins de distinguer les faits établis de leur interprétation : aucun élément public consulté ne permet d’affirmer que la correspondance ministérielle constitue formellement une réponse directe ou personnelle du président Paul Biya à la lettre du Conseiller régional. Elle témoigne en revanche d’une évolution institutionnelle allant dans le sens de la reprise de diffusion souhaitée dans le plaidoyer.
La justice administrative entre également dans la danse
Le dossier s’est parallèlement déplacé sur le terrain judiciaire.
Le Tribunal administratif du Centre a rendu, le 1er octobre, une ordonnance accordant un sursis à exécution concernant les sanctions prononcées par le CNC en août contre Boni Philippe et Thaddée Martial Owona. La juridiction a notamment relevé des irrégularités de procédure relatives à l’auto-saisine, à l’instruction, à la convocation d’une partie et au respect du principe du contradictoire.
Cette décision ne signifie toutefois pas que la suspension d’un mois de Vision 4 prononcée le 29 septembre a été définitivement annulée. Les deux procédures sont distinctes. Le CNC a, de son côté, introduit un recours contre le sursis concernant les sanctions d’août.
Le contentieux reste donc ouvert sur plusieurs fronts : régulation, justice administrative et dialogue institutionnel.
De la sanction au dialogue
Autre signe de cette nouvelle séquence : une délégation de Vision 4, conduite par Boni Philippe, a été reçue par le ministre de la Communication le 2 octobre. La rencontre a notamment porté sur la situation de la chaîne et les perspectives de ses activités dans le paysage audiovisuel camerounais.
Le dossier semble ainsi progressivement quitter le seul registre de la confrontation pour investir celui du dialogue institutionnel.
C’est précisément la voie que préconisait Raymond Materne Mekamba Mekamba dans sa lettre au Chef de l’État : permettre aux institutions de jouer pleinement leur rôle, rappeler aux médias leurs responsabilités, mais éviter que les travailleurs et leurs familles deviennent les principales victimes des différends opposant les acteurs de la régulation et ceux de la communication sociale.
Un plaidoyer qui remet l’humain au centre
Au-delà du cas Vision 4, l’intervention du Conseiller régional du Sud pose une question de fond : comment sanctionner un média sans fragiliser durablement les femmes et les hommes qui en vivent ?
La réponse ne saurait évidemment conduire à soustraire les entreprises de presse aux règles de droit. Elle ne peut davantage remettre en cause le rôle du CNC dans la régulation du secteur.
Elle invite plutôt à rechercher un équilibre entre responsabilité éditoriale, autorité du régulateur, respect des décisions de justice, liberté de la presse et protection de l’emploi.
Sur ce point, le plaidoyer de Mekamba Mekamba trouve aujourd’hui un écho dans une séquence institutionnelle nouvelle. La demande de reprise adressée à Canal+ ouvre en effet la perspective d’une sortie de crise par le dialogue, alors que le contentieux juridique, lui, poursuit son cours.
Une chose est désormais certaine : dans l’affaire Vision 4, la question n’est plus seulement celle d’un signal coupé. Elle est aussi celle des emplois qui dépendent de ce signal et de la capacité des institutions à conjuguer régulation, responsabilité et préservation du tissu social.



