POLITIQUE : « GRANDES ESPÉRANCES » OU LE SEPTENNAT DES GRANDS DÉCÈS, DES DÉPARTS ET DES INTÉRIMS ? (commentaire)
« GRANDEUR ET ESPÉRANCE. LE SEPTENNAT DES GRANDES ESPÉRANCES » : c’est sous cette bannière que Paul Biya a sollicité un nouveau mandat lors de l’élection présidentielle de 2025. Une promesse politique qui plaçait l’avenir, l’espérance et la grandeur du…
« GRANDEUR ET ESPÉRANCE. LE SEPTENNAT DES GRANDES ESPÉRANCES » : c’est sous cette bannière que Paul Biya a sollicité un nouveau mandat lors de l’élection présidentielle de 2025. Une promesse politique qui plaçait l’avenir, l’espérance et la grandeur du Cameroun au cœur du nouveau septennat. Mais à peine ce nouveau cycle politique s’installe t-il qu’une autre réalité vient troubler cette promesse : celle d’un appareil d’État marqué par les décès de plusieurs hauts responsables, les départs politiques et la persistance de plusieurs situations d’intérim. Depuis plusieurs années, le Cameroun a vu disparaître des personnalités qui ont occupé les plus hautes fonctions de l’État, parmi lesquelles Simon Achidi Achu, ancien Premier ministre, Amadou Ali, ancien vice-Premier ministre, Joseph Owona, Emmanuel Bonde, David Abouem à Tchoyi, Gounoko Haounaye ou encore Jean-Pierre Biyiti bi Essam. À cette liste s’ajoutent des membres du gouvernement décédés en fonction, notamment Adoum Gargoum, Alim Hayatou, Clémentine Ananga Messina et Gabriel Dodo Ndoke.
Et ce 4 octobre 2026, le décès de Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel, vient encore frapper une institution majeure de la République. Une succession de disparitions qui donne au paysage politique camerounais une tonalité particulière, au point de poser une question volontairement provocatrice : le septennat des Grandes Espérances ne risque t-il pas de devenir, dans les faits, le septennat des grands décès ? À cette succession de disparitions s’ajoute un autre phénomène qui interpelle : les intérims qui s’installent dans la durée. Après le décès de Gabriel Dodo Ndoke en janvier 2023, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique est resté placé sous la responsabilité de Fuh Calistus Gentry par intérim. Après le départ de Bello Bouba Maïgari du gouvernement, Gabriel Mbairobe a été chargé d’assurer l’intérim au ministère du Tourisme et des Loisirs. Après la démission d’Issa Tchiroma Bakary, Mounouna Foutsou a pris la responsabilité du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle par intérim. Trois départements qui touchent pourtant à des enjeux majeurs pour l’avenir du pays : les ressources minières et industrielles, le tourisme et la création de richesses, mais aussi l’emploi et la formation d’une jeunesse qui constitue l’une des principales forces démographiques du Cameroun.
Un intérim peut être parfaitement normal lorsqu’il permet d’assurer la continuité du service public après un décès, une démission ou une indisponibilité. Mais lorsque le provisoire dure, la question change de nature. Peut-on véritablement parler de « Grandes Espérances » lorsque des secteurs stratégiques restent confiés pendant de longues périodes à des responsables intérimaires ? L’enjeu n’est pas de contester la légalité de ces arrangements, mais de s’interroger sur leur efficacité et sur la capacité du pouvoir à renouveler rapidement les titulaires des postes devenus vacants. Il serait évidemment injuste de faire des décès un procès politique : la mort n’est pas une politique publique et aucun gouvernement ne peut empêcher la disparition de ses serviteurs. Mais la gestion des conséquences de ces décès, des démissions et des départs relève bel et bien de la gouvernance. C’est donc là que se situe le véritable débat. Le président de la République a demandé aux Camerounais de croire à la « Grandeur et Espérance » et au « Septennat des Grandes Espérances ». Le défi est désormais de faire en sorte que cette espérance ne reste pas seulement un slogan de campagne. Elle doit se traduire par des institutions capables de se renouveler, des responsabilités clairement établies, des titulaires désignés et une administration suffisamment stable pour porter les grandes ambitions du pays.
Georges Parfait Owoundi



