RDC : Une nouvelle espèce de singe découverte dans le Parc national de Lomani
Le Parc national de Lomani, en République démocratique du Congo (RDC), confirme son statut de haut lieu de la biodiversité mondiale. Dix ans de recherches scientifiques menées avec la participation active des communautés locales ont abouti à la découverte d’une…
Le Parc national de Lomani, en République démocratique du Congo (RDC), confirme son statut de haut lieu de la biodiversité mondiale. Dix ans de recherches scientifiques menées avec la participation active des communautés locales ont abouti à la découverte d’une nouvelle espèce de singe africain, le Colobus congoensis. Cette avancée majeure pour la primatologie met en lumière la richesse exceptionnelle des forêts du bassin du Congo, tout en rappelant l’urgence de protéger une espèce déjà considérée comme menacée.
La découverte du Colobus congoensis, également appelé Likweli par les populations locales, constitue l’une des avancées scientifiques les plus importantes de ces dernières années dans l’étude des primates africains. Au cours des 75 dernières années, seules cinq nouvelles espèces de singes africains ont été officiellement identifiées par la science. Deux d’entre elles proviennent du Parc national de Lomani, créé en 2016 dans le centre-est de la République démocratique du Congo pour préserver l’une des plus importantes concentrations de primates du continent.
Les résultats de cette découverte ont été publiés le 15 juillet 2026 dans la revue scientifique PLOS One. Ils sont le fruit d’un vaste programme de recherche associant la Lukuru Wildlife Research Foundation, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), ainsi que plusieurs universités et institutions américaines, notamment Yale University, Florida Atlantic University, la City University of New York et l’American Museum of Natural History.
Les communautés locales au cœur de la découverte
L’identification du Colobus congoensis illustre le rôle déterminant des communautés locales dans la recherche scientifique. Si une première observation de ce primate avait été réalisée dès 2008 par des chercheurs de la Lukuru Wildlife Research Foundation, ce n’est qu’en novembre 2018 que les investigations ont véritablement pris un tournant décisif.
Au cours d’une patrouille de surveillance dans le Parc national de Lomani, Jean Pierre Kapale, membre de la communauté Langa et assistant technique de la fondation, aperçoit un singe au comportement inhabituel évoluant dans la canopée. Grâce aux photographies prises sur le terrain et aux coordonnées géographiques relevées, les chercheurs ont pu confirmer qu’il s’agissait d’une espèce jusqu’alors inconnue de la science. « Vers 17 heures, alors que nous nous apprêtions à installer notre campement, j’ai observé ce singe se déplacer lentement dans les arbres. J’ai immédiatement pris des photos et enregistré les coordonnées du site. De retour de mission, j’ai présenté les images au directeur scientifique John Hart, qui a confirmé que nous étions face à une nouvelle espèce », raconte Jean Pierre Kapale.
Selon John Hart, directeur scientifique de la Lukuru Wildlife Research Foundation et auteur principal de l’étude, l’approche participative adoptée dans ce programme a considérablement facilité les recherches. Les connaissances des populations locales ont permis d’identifier plus de 20 % des zones où le Likweli a été observé, notamment dans les espaces périphériques du parc.
Un primate encore largement méconnu
Le Colobus congoensis est un petit singe arboricole au pelage entièrement noir, reconnaissable à sa longue queue et aux taches orangées entourant son museau. Très discret, il évolue essentiellement dans la haute canopée des forêts de la région de la Lomami, où il vit en petits groupes d’environ six individus.
Comme de nombreux primates forestiers, cette espèce joue un rôle écologique essentiel dans le maintien des écosystèmes tropicaux. En consommant des fruits puis en disséminant leurs graines, ces animaux participent activement au renouvellement naturel des forêts du bassin du Congo. Pour les chercheurs, cette fonction écologique renforce encore davantage l’importance de préserver cette nouvelle espèce.
De nombreuses questions restent sans réponse
Malgré cette découverte majeure, les scientifiques reconnaissent que le Colobus congoensis demeure encore très peu connu. Son alimentation, son comportement social, sa reproduction, ses déplacements quotidiens, son utilisation des différents niveaux de la forêt ou encore la taille exacte de sa population restent à documenter.
Les chercheurs souhaitent également séquencer entièrement son génome afin de mieux comprendre son évolution et sa diversité génétique. Selon l’anthropologue Junior Amboko, co-auteur de l’étude, chaque nouvelle donnée permettra d’améliorer les stratégies de conservation de cette espèce exceptionnelle.
Une espèce déjà menacée
Paradoxalement, le Colobus congoensis pourrait intégrer très rapidement la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans la catégorie « En danger ». Les scientifiques justifient cette recommandation par la faible étendue de son aire de répartition, l’effectif probablement limité de sa population ainsi que les nombreuses pressions qui pèsent déjà sur son habitat. La chasse pratiquée par certaines communautés riveraines constitue aujourd’hui la principale menace identifiée.
Au cours des enquêtes réalisées pendant les recherches, plusieurs chasseurs ont reconnu avoir déjà capturé ou tué ce primate, sans connaître sa rareté ni son importance scientifique. À cela s’ajoutent la déforestation progressive, l’expansion des activités humaines et les effets attendus des changements climatiques, qui pourraient fragiliser davantage cette espèce.
Le Parc national de Lomani renforce sa surveillance
Face à ces risques, les responsables du Parc national de Lomani ont annoncé le renforcement des dispositifs de protection autour des zones où vit le Colobus congoensis. Des équipes de surveillance spécialisées suivent désormais l’évolution des populations de cette espèce au sein des 887 400 hectares que couvre cette aire protégée. Les autorités misent également sur une implication plus forte des communautés locales à travers la création prochaine de comités villageois de surveillance.
Selon Radar Nishuli, directeur du parc, la conservation du Likweli ne pourra être efficace qu’avec la participation active des populations vivant autour de cette forêt. Cette nouvelle découverte confirme une fois de plus le rôle stratégique du Parc national de Lomani dans la préservation de la biodiversité mondiale. Après la découverte du Colobus lomamiensis en 2012, le Colobus congoensis devient la quinzième espèce de primate recensée dans cette aire protégée, renforçant son statut de sanctuaire exceptionnel pour la faune du bassin du Congo.
Albert BOMBA

