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Projet minier de Mbalam : L’angoisse d’un peuple Baka menacé de déplacement
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Projet minier de Mbalam : L’angoisse d’un peuple Baka menacé de déplacement

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28/07/20260 vues1 articles
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Projet minier de Mbalam : L’engoisse d’un peuple Baka menacé de déplacement

Dans les profondeurs de la forêt du bassin du Congo, le projet d’exploitation du minerai de fer de Mbalam place une nouvelle fois les communautés autochtones Baka face à l’incertitude. Les habitants du village de Se’eh, installés dans la forêt…

Dans les profondeurs de la forêt du bassin du Congo, le projet d’exploitation du minerai de fer de Mbalam place une nouvelle fois les communautés autochtones Baka face à l’incertitude. Les habitants du village de Se’eh, installés dans la forêt communautaire Djoko depuis une dizaine d’années, redoutent d’être déplacés au profit de ce vaste projet minier porté par Cameroon Mining Company (CMC). Entre promesses de développement économique, protection des droits des peuples autochtones et insuffisances du cadre foncier camerounais, le dossier met en lumière les défis de conciliation entre exploitation des ressources naturelles et préservation des moyens de subsistance des communautés locales.

Pour Daniel Waki, un habitant Baka d’une cinquantaine d’années, l’avenir demeure plus incertain que jamais. Installé dans le village de Se’eh, niché au cœur de la forêt communautaire Djoko, dans la région de l’Est, il ignore où sa famille vivra dans les prochains mois. Cette inquiétude n’est pas nouvelle. Il y a une dizaine d’années, sa communauté avait déjà été contrainte de quitter son territoire traditionnel lors de la création de la Réserve de faune de Ngoyla.

À l’époque, l’État avait attribué aux communautés Baka une forêt communautaire d’environ 5 000 hectares afin de compenser la perte de leurs droits d’usage sur leurs anciens espaces de vie, notamment la chasse, la pêche, la cueillette, les pratiques médicinales et les rites culturels. Aujourd’hui, cette même forêt se retrouve entièrement incluse dans le périmètre du permis d’exploitation du gisement de fer de Mbalam, relançant les craintes d’un nouveau déplacement.

Un mégaprojet minier aux ambitions nationales

Le projet de Mbalam figure parmi les plus importants projets miniers envisagés au Cameroun. Porté par Cameroon Mining Company (CMC), titulaire du permis d’exploitation depuis 2022, il prévoit l’exploitation industrielle du minerai de fer situé à la frontière entre le Cameroun et le Congo. Au-delà de la mine, le projet comprend la construction d’une ligne ferroviaire reliant Mbalam au Port autonome de Kribi, sur la côte atlantique. Cette infrastructure doit permettre d’acheminer le minerai vers les marchés internationaux, notamment asiatiques.

La société présente ce projet comme un levier majeur pour l’économie camerounaise, mettant en avant les recettes fiscales attendues, les investissements structurants ainsi que les emplois susceptibles d’être créés. Mais sur le terrain, ces perspectives économiques suscitent également de profondes inquiétudes chez les populations riveraines. « Ils nous ont dit que nous sommes installés sur le fer et qu’ils vont nous enlever d’ici parce qu’ils vont venir creuser », raconte Daniel Waki à Mongabay, qui espère, avec les autres habitants de Se’eh, bénéficier d’indemnisations ainsi que d’une nouvelle forêt en cas de déplacement.

Des droits fonciers toujours fragiles

Au-delà de la question des compensations, plusieurs organisations de la société civile soulignent la fragilité juridique des droits des communautés autochtones sur les forêts communautaires. Si la loi forestière adoptée en 2024 renforce la participation des communautés à la gestion des ressources forestières, elle ne leur confère pas pour autant la propriété foncière des espaces qui leur sont attribués. L’État demeure propriétaire des terres, tandis que les communautés n’en assurent que la gestion.

Pour les peuples autochtones Baka, historiquement marginalisés dans l’accès à la terre, cette situation constitue une source permanente d’insécurité foncière. Selon Ekane Nkwelle, responsable au sein de l’ONG Green Development Advocates (GDA), les consultations menées auprès des communautés montrent que de nombreux habitants n’ont pas été directement associés aux discussions relatives au projet minier.

L’organisation poursuit aujourd’hui son plaidoyer afin d’éviter un nouveau déplacement des populations et propose notamment une modification du tracé de la future voie ferrée afin de préserver la forêt communautaire Djoko. Toutefois, ces démarches entreprises depuis 2024 n’ont, jusqu’à présent, pas permis d’obtenir des avancées concrètes.

Des communautés en attente de réponses

Les représentants de la communauté affirment avoir sollicité Cameroon Mining Company dès 2023 afin d’obtenir des garanties en cas de déplacement. Selon Parfait Etom, secrétaire général de la forêt communautaire Djoko, les Baka avaient demandé un accompagnement administratif pour créer un nouveau village dans une autre zone forestière, suffisamment éloignée des futures installations minières. Ils souhaitaient également disposer d’une nouvelle forêt communautaire leur permettant de poursuivre leurs activités traditionnelles.

D’après lui, la société avait indiqué attendre les résultats des études d’impact environnemental et social avant de répondre à ces préoccupations. Depuis, les communautés disent ne pas avoir reçu de réponse officielle.

Une réforme foncière réclamée

Pour plusieurs spécialistes des questions foncières, le cas de Se’eh illustre les limites de la législation actuelle. Dans une note d’analyse publiée en mai 2026, Samuel Nguiffo, secrétaire exécutif du Centre pour l’environnement et le développement (CED), plaide pour une réforme de la future loi foncière afin qu’elle reconnaisse explicitement les droits traditionnels des peuples autochtones sur les terres, les territoires et les ressources qu’ils utilisent depuis des générations.

Une telle reconnaissance devrait, selon lui, intégrer les activités de chasse, de pêche, de collecte des produits forestiers, les pratiques médicinales, les sites sacrés, les déplacements saisonniers ainsi que la transmission des savoirs traditionnels.

Consultation et consentement au cœur des critiques

Les organisations de défense des droits des peuples autochtones dénoncent également un processus de consultation qu’elles jugent insuffisant. Selon plusieurs acteurs locaux, les informations relatives au projet auraient principalement transité par les chefferies Bantoues. Or, les communautés Baka ne disposent toujours pas de chefferies traditionnellement reconnues par la législation camerounaise et demeurent administrativement rattachées aux autorités coutumières bantoues.

Cette situation alimente les critiques sur le respect du principe de consentement préalable, libre et éclairé consacré par les instruments internationaux relatifs aux peuples autochtones. Bien que le Cameroun ait soutenu la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, les organisations de défense des droits humains estiment que le cadre juridique national ne reconnaît toujours pas pleinement les droits fonciers coutumiers des Baka.

Une forêt déjà transformée

Sur le terrain, les habitants affirment constater les premiers effets du projet. En 2023, une autorisation spéciale d’exploitation forestière a permis l’enlèvement de bois dans la forêt communautaire Djoko afin de préparer les futurs travaux miniers. Selon André Ekanga, chef du village de Se’eh, cette exploitation a profondément modifié l’environnement dont dépend la communauté.

Les activités traditionnelles telles que la pêche, la récolte du miel, la cueillette des fruits sauvages ou la recherche de plantes médicinales seraient désormais fortement perturbées. Les communautés dénoncent également l’absence de retombées économiques directes malgré l’exploitation des ressources présentes sur leur territoire.

Interrogé sur le dossier, le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable indique que le Plan de gestion environnementale et sociale du projet prévoit des mesures destinées à protéger les droits des communautés Baka de Se’eh.

De son côté, Cameroon Mining Company n’a pas officiellement répondu aux sollicitations des journalistes concernant le contenu de ce plan ni les préoccupations exprimées par les communautés concernées.

Un plaidoyer qui pourrait s’internationaliser

Face au manque d’avancées, les organisations de la société civile envisagent désormais de porter le dossier sur la scène internationale. Green Development Advocates annonce notamment vouloir interpeller l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) afin d’attirer l’attention sur le respect des droits des communautés autochtones dans le cadre du projet de Mbalam.

Au-delà du seul cas de Se’eh, cette affaire relance le débat sur la conciliation entre développement minier, protection de la biodiversité et reconnaissance des droits fonciers des peuples autochtones. Pour les Baka, la question dépasse celle d’un simple déplacement : elle touche à la préservation de leur identité culturelle, de leurs pratiques ancestrales et de leur lien historique avec la forêt, qui demeure au cœur de leur existence.

Jean Luc Atangana / Mongabay 

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