Afrique de l’Ouest : Le changement climatique aggrave les inondations meurtrières sur les côtes du Golfe de Guinée
Les pluies diluviennes qui ont frappé plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest entre le 20 et le 22 juin 2026 illustrent une tendance préoccupante. Selon une étude publiée le 16 juillet par World Weather Attribution (WWA), le réchauffement climatique d’origine humaine…
Les pluies diluviennes qui ont frappé plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest entre le 20 et le 22 juin 2026 illustrent une tendance préoccupante. Selon une étude publiée le 16 juillet par World Weather Attribution (WWA), le réchauffement climatique d’origine humaine a intensifié ces épisodes de précipitations extrêmes, rendant les inondations plus fréquentes et plus destructrices. Les chercheurs alertent également sur le rôle aggravant d’une urbanisation rapide et souvent non planifiée, qui accroît l’exposition des populations aux catastrophes.
La Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria ont subi, durant trois jours, des pluies exceptionnellement abondantes ayant provoqué des crues soudaines dans plusieurs villes côtières. Dans certaines localités, plus de 140 millimètres de pluie sont tombés en moins de 24 heures, dépassant largement la capacité des réseaux naturels et artificiels de drainage.
Les conséquences humaines ont été particulièrement lourdes. L’étude de World Weather Attribution fait état d’au moins 59 décès en Côte d’Ivoire, 34 au Ghana et cinq au Togo, tandis que des milliers de personnes ont été affectées par les inondations dans l’ensemble de la région.
Le changement climatique intensifie les pluies extrêmes
Les chercheurs concluent que le changement climatique lié aux activités humaines a considérablement renforcé l’intensité de ces précipitations exceptionnelles. Selon Joyce Kimutai, chercheuse à l’Imperial College London et principale auteure de l’étude, les observations confirment une augmentation progressive des épisodes de fortes pluies dans cette partie de l’Afrique. « La tendance à une forte augmentation des précipitations montre clairement que le réchauffement d’origine humaine a aggravé ce phénomène et l’a rendu plus pluvieux, avec des conséquences dévastatrices », souligne-t-elle.
Les analyses réalisées par WWA indiquent qu’un épisode de pluies intenses sur trois jours est aujourd’hui environ cinq fois plus probable qu’il ne l’était avant l’ère industrielle. L’intensité de ces événements a également augmenté d’environ 23 % à l’échelle de la région. Pour les scientifiques, ces résultats confirment que le réchauffement climatique accroît la fréquence et la violence des phénomènes météorologiques extrêmes.
Une urbanisation qui accentue les risques
Au-delà de l’influence du climat, l’étude met en évidence le rôle majeur de l’urbanisation dans l’aggravation des inondations. Les villes côtières du Golfe de Guinée connaissent une croissance démographique rapide qui s’accompagne d’une expansion accélérée des quartiers résidentiels, souvent au détriment des espaces naturels capables d’absorber les eaux de pluie.
Les auteurs soulignent que l’occupation progressive des plaines inondables, le développement de quartiers informels ainsi que la conversion des espaces végétalisés en terres agricoles réduisent fortement la capacité naturelle de drainage. Joyce Kimutai explique que les infrastructures urbaines n’ont pas suivi le rythme de cette croissance, entraînant une insuffisance des ouvrages d’assainissement et une exposition croissante des populations aux inondations.
« On construit dans les lits d’eau »
Pour le professeur Michel Boko, climatologue à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin, les choix d’aménagement du territoire aggravent considérablement les effets des fortes pluies. Selon lui, de nombreuses constructions sont réalisées dans des zones naturellement destinées à l’écoulement des eaux. « Le climat change par nos comportements et notre façon de faire. Il ne faut pas rester dans les lits d’eau. Lorsque l’eau veut passer et qu’elle ne trouve plus de passage, elle finit par inonder partout », explique le chercheur.
Cette urbanisation peu maîtrisée contribue à obstruer les voies naturelles d’écoulement et augmente mécaniquement les risques d’inondation lors des épisodes pluvieux les plus intenses.
Un appel à renforcer l’adaptation climatique
Face à cette évolution, les auteurs de l’étude appellent les gouvernements à investir davantage dans la prévention des catastrophes. Ils recommandent notamment le renforcement des systèmes d’alerte précoce, l’amélioration des infrastructures de drainage, une planification urbaine mieux adaptée aux risques climatiques ainsi que le développement de politiques de résilience destinées aux populations les plus exposées.
Joyce Kimutai estime également que cette situation soulève une question de justice climatique. « Les pays industrialisés ont la responsabilité d’aider des pays comme le Togo, la Côte d’Ivoire et le Ghana à s’adapter à un problème qui s’aggrave et dont ils ne sont pas à l’origine », affirme-t-elle.
Les chercheurs préviennent enfin que la croissance démographique attendue sur les côtes du Golfe de Guinée au cours des prochaines décennies pourrait accentuer encore la vulnérabilité des populations si des mesures d’adaptation ambitieuses ne sont pas mises en œuvre.
Pour eux, les inondations observées en juin 2026 constituent un signal d’alerte : dans un climat qui continue de se réchauffer, les événements météorologiques extrêmes devraient devenir plus fréquents, rendant indispensable une meilleure anticipation des risques et une transformation des politiques d’aménagement urbain.
Françoise ESSONO

