Financements climatiques : Plaidoyer du Repar en vue de la revalorisation
C’est le but principal poursuivi par la conférence parlementaire sur la science, la gouvernance environnementale et la finance climatique, dont l’ouverture officielle a eu lieu le 22 septembre 2026, à l’hémicycle de Ngoa- Ekelle, en présence des parlementaires, des décideurs,…
C’est le but principal poursuivi par la conférence parlementaire sur la science, la gouvernance environnementale et la finance climatique, dont l’ouverture officielle a eu lieu le 22 septembre 2026, à l’hémicycle de Ngoa- Ekelle, en présence des parlementaires, des décideurs, des responsables de la Comifac, ainsi que les partenaires financiers avec pour seule et unique ambition, d’ajuster les financements climatiques afin qu’il soient proportionnels au rôle régulateur joué par le bassin du Congo.
L’Afrique centrale qui joue un rôle important dans la régulation du climat, la conservation de la biodiversité, la stabilité écologique au lieu d’être récompensée, à juste titre, subit l’injustice climatique mondiale. Entre 2017 et 2023, pour la même mission de préservation des forêts tropicales, les pays du Bassin du Congo ont reçu vingt fois moins de financements climatiques internationaux que ceux de l’Amazonie. Vingt fois moins pour un massif forestier qui séquestre pourtant 1,5 milliard de tonnes de CO2 par an et qui assure la régulation climatique de toute la planète. C’est ce scandale silencieux que la Conférence parlementaire sur la science, la gouvernance environnementale et la finance climatique en Afrique centrale, organisée par le Repar a décidé de mettre au centre du débat politique.
Cette conférence n’est pas un conclave de plus. Sa pertinence tient d’abord à son timing et à ses organisateurs. Elle intervient à quelques jours de la Cop 31 qui se tiendra à Antalya en Turquie en novembre 2026, où le monde va juger de la crédibilité de la finance verte. Et elle est portée non pas par des ONG, mais par ceux qui votent les lois et les budgets. Le Réseau des Parlementaires pour la Gestion Durable des Écosystèmes Forestiers d’Afrique Centrale, présidé au Cameroun par l’Honorable Jean Jacques Zam, a compris que le combat de la finance climatique ne se gagnera plus dans les couloirs techniques, mais dans une démarche à travers laquelle, les données scientifiques des leviers de réforme législative de budgétisation environnementale, de recevabilité et mobilisation des financements climatiques pour l’Afrique centrale sont mis en avant. La force de cette conférence est d’avoir réuni autour de la même table tous les maillons de la chaîne qui doivent concourir à relever la cagnotte du bassin du Congo. C’est une première. Il y a d’abord le bras scientifique et technique, la Comifac et son organe de référence, l’Observatoire des Forêts d’Afrique Centrale, (l’Ofac). Pendant des années, comme l’a rappelé l’honorable Jean Jacques Zam « L’Ofac a produit des données de haute facture sur l’état de nos forêts qui n’ont reçu ni la considération ni l’usage qu’elles méritent. La conférence de Yaoundé marque la rupture », a-t-il appuyé. Le Repar a décidé de faire de l’Ofac son arme de négociation massive. L’Ofac fédère, structure et rend bancables les données des dix pays de la Comifac. Il est désormais capable de prouver, satellite à l’appui, que tel hectare de forêt camerounaise ou gabonaise a évité telle quantité de déforestation. Sans cette donnée endogène, souveraine et certifiée, aucun dossier ne passe les guichets du fonds verts climat. La Comifac par la voix de son Secrétariat exécutif, a réaffirmé, son engagement à renforcer l’Ofac pour en faire le standard de certification carbone du Bassin du Congo.
Il y a ensuite le bras financier et diplomatique, l’Union Européenne. Partenaire historique du Repar et de la Comifac. l’UE a, à travers son représentant et ses programmes, excipé sa volonté de voir cette cagnotte relevée. L’Union Européenne est le premier contributeur mondial à la finance climatique et le principal bailleur de l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale ( Cafi). Mais le message de l’UE a été clair, l’Europe est prête à mettre plus, à condition que l’Afrique Centrale parle d’une seule voix, avec des projets basés sur la science et une gouvernance transparente. L’UE a rappelé qu’elle finance déjà des programmes de 100 millions d’euros pour la gestion durable des forêts, mais que ces enveloppes restent sous-consommées faute de projets bancables présentés par les États. La conférence du Repar est donc l’occasion pour l’UE de dire : formez davantage vos parlementaires à la finance climatique, votez des lois qui sécurisent les investissements verts, et nous suivrons.
Il y a enfin le bras régalien et politique, le Gouvernement camerounais à travers le Le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable ( Minepded) par la voix de son patron Helle Pierre a assumé sa part de responsabilité. Le Minepded a reconnu que le Cameroun et la sous-région ont longtemps souffert d’une posture de victime et d’une fragmentation de leurs stratégies. Helle Pierre a annoncé que son département ministériel s’aligne désormais sur la doctrine du Repar qui consiste à mettre la science au cœur de la décision politique. Le Minepded s’est aussi engagé à intégrer systématiquement les données de l’Ofac dans la stratégie nationale Redd+, dans les contributions déterminées au niveau national (Cdn) et dans tous les dossiers de levée de fonds climatiques. C’est un changement majeur de gouvernance environnementale. Mais l’annonce la plus structurante du Minepded, est celle qui a dévoilé la création imminente au sein du Minfi d’un Programme de finances climatiques et de mobilisation de financements innovants, adossé à un Comité interministériel chargé de l’enregistrement des actifs environnementaux selon les standards Esg. Concrètement, le Cameroun va désormais inscrire ses forêts, son carbone et sa biodiversité comme des actifs dans son patrimoine national. Le besoin est estimé à 600 milliards Fcfa par an. Cette réforme de budgétisation sensible au climat est exactement ce que le Repar réclamait depuis Libreville 2023.
En utilisant les données de l’Ofac pour prouver la durabilité de sa filière et en transformant un service écologique en actif financier. C’est le prototype de la nouvelle finance que le Repar, la Comifac, l’UE et le Minepded veulent généraliser. Au final, la pertinence de cette conférence organisée par le Repar en collaboration avec ses partenaires tient du fait d’avoir connecté les points qui étaient jusque-là déconnectés. Elle a mis autour de la table les parlementaires qui doivent voter les lois, les scientifiques de la Comifac/Ofac qui produisent la preuve, les financiers de l’UE qui ont l’argent, et les ministères Minepded/Minfi qui doivent créer le cadre. L’objectif commun est désormais assumé : faire du bassin du Congo non plus le parent pauvre qui contemple impuissant le déséquilibre, mais un ensemble politique qui exige et obtient une reconnaissance financière à la hauteur de ses services écologiques.
Emmanuel Mvele

