Stade d’Olembé : le Cameroun condamné à verser 51,5 milliards de FCFA à Piccini
Le Cameroun condamné à verser 51,5 milliards de FCFA à Piccini Par Se Elias Le contentieux entre l’État du Cameroun et le groupe italien Gruppo Officine Piccini trouve son origine dans le vaste projet de construction du complexe sportif d’Olembé,… Read More
Le Cameroun condamné à verser 51,5 milliards de FCFA à Piccini
Par Se Elias
Le contentieux entre l’État du Cameroun et le groupe italien Gruppo Officine Piccini trouve son origine dans le vaste projet de construction du complexe sportif d’Olembé, à Yaoundé. Le marché est signé le 30 décembre 2015 pour la conception et la réalisation de l’infrastructure, avec un délai initial d’exécution de 30 mois. Le projet comprend notamment un stade principal de 60 000 places, des terrains annexes et plusieurs infrastructures connexes.
Genèse du différend
Initialement destiné à accueillir des rencontres de la Coupe d’Afrique des nations, le chantier connaît progressivement d’importants retards. La livraison du stade, attendue notamment en septembre 2018, n’intervient pas dans les délais. En 2019, le projet est également marqué par des tensions de trésorerie, des mouvements de travailleurs et des arriérés de salaires. En juillet de la même année, les responsables de Piccini engagent des démarches auprès des autorités camerounaises pour obtenir des garanties permettant de mobiliser des financements supplémentaires afin de relancer et d’achever les travaux.
La rupture intervient le 29 novembre 2019. Le ministère des Sports et de l’Éducation physique résilie officiellement le marché de Piccini. Les autorités camerounaises reprochent notamment à l’entreprise des arrêts de travaux, le non-respect de certains engagements contractuels, des opérations de sous-traitance non autorisées ainsi que des difficultés liées au paiement des travailleurs. Le gouvernement décide alors de confier la poursuite du chantier à l’entreprise canadienne Magil Construction.
Piccini conteste cette décision et somme alors les autorités de revenir sur la résiliation, tout en se réservant la possibilité d’engager des procédures judiciaires nationales et internationales. Quelques jours plus tard, des discussions sont annoncées entre les parties et les autorités camerounaises évoquent même, en décembre 2019, un règlement à l’amiable permettant la reprise du chantier par Magil.
Mais le différend ne s’éteint pas définitivement. Le groupe italien porte finalement l’affaire devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), sur le fondement du traité bilatéral d’investissement conclu entre le Cameroun et l’Italie en 1999. La procédure, enregistrée le 8 juin 2023 sous la référence ARB/23/21, oppose officiellement Gruppo Officine Piccini S.p.A. à la République du Cameroun. Le tribunal arbitral est constitué le 22 décembre 2023.
Une décision lourde pour l’État
Au terme de la procédure, la sentence transmise aux parties le 4 septembre 2026 condamne le Cameroun à verser à Piccini 78,5 millions d’euros, soit environ 51,49 milliards de FCFA, auxquels doivent notamment s’ajouter des intérêts courant depuis novembre 2019 ainsi qu’une partie des frais de procédure.
Selon les éléments rapportés sur la sentence, le tribunal arbitral n’a pas retenu la thèse selon laquelle Piccini aurait simplement abandonné le chantier. Les arbitres ont considéré que les conditions de la résiliation du marché, la prise de contrôle des équipements et l’intervention des autorités publiques avaient dépassé le cadre d’un simple différend commercial. Ils ont notamment retenu une expropriation illégale et un manquement à l’obligation de traitement juste et équitable de l’investisseur.
Cette sentence constitue ainsi un nouvel épisode majeur dans le feuilleton du complexe sportif d’Olembé, dont la construction aura été marquée pendant plusieurs années par des changements de prestataires, des retards, des difficultés financières et de nombreux contentieux.

