Riz : Les cinq plus grands importateurs d’Afrique centrale face au défi de la souveraineté alimentaire
Malgré un potentiel agricole important, l’Afrique centrale demeure fortement dépendante des importations de riz pour nourrir sa population. Chaque année, les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) dépensent près d’un milliard de dollars pour s’approvisionner…
Malgré un potentiel agricole important, l’Afrique centrale demeure fortement dépendante des importations de riz pour nourrir sa population. Chaque année, les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) dépensent près d’un milliard de dollars pour s’approvisionner sur le marché international. Face à cette dépendance, les États de la sous-région entendent désormais relancer la production locale à travers une stratégie régionale ambitieuse destinée à renforcer la sécurité alimentaire.
La réduction des importations de riz figure désormais parmi les priorités agricoles de l’Afrique centrale. Réunis à Libreville, au Gabon, du 16 au 18 juin, les ministres et experts des États membres de la CEEAC ont validé la Stratégie régionale de développement de la riziculture en Afrique centrale (SRDRAC). Ce document stratégique ambitionne de faire de la filière rizicole un véritable moteur de la souveraineté alimentaire, tout en renforçant les échanges commerciaux entre les pays de la sous-région.
Cette initiative intervient dans un contexte où l’Afrique centrale reste la troisième sous-région africaine la plus dépendante des importations de riz, derrière l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est. Une situation qui expose les économies nationales aux fluctuations des cours internationaux, aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et aux restrictions commerciales décidées par certains pays exportateurs.
Une facture annuelle de près d’un milliard de dollars
Les chiffres compilés à partir de la plateforme Trade Map illustrent l’ampleur de cette dépendance. Entre 2021 et 2025, les pays de la CEEAC ont importé en moyenne 1,66 million de tonnes de riz par an, pour une valeur annuelle estimée à 910 millions de dollars américains.
Cette facture pèse lourdement sur les réserves en devises des États et souligne les difficultés de la production locale à répondre à une demande en constante progression, alimentée par la croissance démographique, l’urbanisation et l’évolution des habitudes alimentaires.
Si plusieurs pays disposent d’importantes superficies cultivables ainsi que d’abondantes ressources en eau, les rendements restent faibles en raison de contraintes liées aux infrastructures, au financement, à la mécanisation, à l’accès aux semences améliorées et aux systèmes de transformation.
Le Cameroun, premier importateur de riz de la CEEAC
Avec près de 760 000 tonnes importées en moyenne chaque année entre 2021 et 2025, le Cameroun demeure le principal marché du riz au sein de la CEEAC. Selon les données officielles, plus de la moitié des besoins nationaux est encore couverte par les importations. Cette dépendance s’explique notamment par une demande intérieure particulièrement soutenue.
Le riz s’est imposé comme l’un des principaux aliments de base des ménages camerounais, occupant la deuxième place parmi les céréales les plus consommées après le maïs. La consommation moyenne atteint environ 25 kilogrammes par habitant et par an, un niveau proche de la moyenne africaine estimée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
La progression des populations urbaines, l’essor de la classe moyenne ainsi que la recherche de produits faciles à préparer expliquent en grande partie cet engouement pour cette céréale.
L’Angola, une dépendance presque totale
Deuxième importateur de la sous-région, l’Angola achète en moyenne 422 000 tonnes de riz par an sur les marchés internationaux. Bien que situé en Afrique australe, le pays est membre de la CEEAC et représente l’un des principaux débouchés régionaux pour cette céréale.
Les statistiques officielles montrent que près de 90 % des besoins nationaux sont satisfaits grâce aux importations, révélant les difficultés persistantes de la production locale. Le riz constitue aujourd’hui la deuxième céréale la plus consommée après le maïs, avec une consommation annuelle estimée à 40 kilogrammes par habitant, soit un niveau largement supérieur à la moyenne observée sur le continent.
La RDC poursuit ses efforts pour réduire sa dépendance
La République démocratique du Congo (RDC) occupe la troisième place du classement avec près de 210 000 tonnes importées chaque année. Malgré son immense potentiel agricole, le pays continue de dépendre des marchés internationaux pour environ 65 % de ses besoins de consommation.
Le riz est principalement destiné à l’alimentation des ménages, mais il est également utilisé dans certaines industries, notamment pour la fabrication de bière. En dépit de ces importations importantes, la consommation individuelle demeure relativement faible, avec environ 7 kilogrammes par habitant et par an, l’un des niveaux les plus bas de la sous-région.
La République du Congo reste fortement tributaire des marchés extérieurs
Avec environ 116 200 tonnes importées en moyenne chaque année, la République du Congo figure parmi les pays les plus dépendants des approvisionnements internationaux. Les autorités estiment que plus de 90 % des besoins nationaux sont couverts par les importations.
Le riz s’est progressivement imposé comme le deuxième aliment de base après le manioc, particulièrement dans les centres urbains où les habitudes alimentaires évoluent rapidement. Selon les statistiques officielles, les citadins consomment près de huit fois plus de riz que les populations rurales, pour une moyenne nationale d’environ 16 kilogrammes par habitant chaque année.
Le Gabon affiche la consommation la plus élevée
Le Gabon ferme ce classement avec environ 70 200 tonnes importées par an entre 2021 et 2025. Bien que les volumes soient inférieurs à ceux des autres pays, le niveau de dépendance demeure extrêmement élevé puisque la quasi-totalité de la consommation nationale repose sur les importations.
Le pays présente également la consommation individuelle la plus importante parmi les cinq principaux importateurs de la CEEAC, avec environ 44 kilogrammes de riz consommés par habitant chaque année. Les autorités expliquent cette situation par le fait que le riz est devenu un aliment du quotidien dans la majorité des ménages gabonais, indépendamment des niveaux de revenus ou des catégories sociales.
Une stratégie régionale pour changer la donne
Face à une dépendance qui fragilise la sécurité alimentaire de la sous-région, la CEEAC souhaite désormais accélérer le développement de la filière rizicole. La Stratégie régionale de développement de la riziculture prévoit notamment de renforcer les capacités de production, d’améliorer les rendements agricoles, de faciliter l’accès aux intrants de qualité, de développer les infrastructures d’irrigation, de moderniser les unités de transformation et de favoriser les échanges commerciaux entre les pays membres. L’objectif double est de réduire progressivement les importations tout en créant davantage de valeur ajoutée au sein des économies locales.
Dans un contexte marqué par les crises alimentaires, les perturbations du commerce mondial et les effets croissants du changement climatique sur les systèmes agricoles, le développement de la riziculture apparaît comme un enjeu stratégique pour l’avenir de l’Afrique centrale. En augmentant sa production locale, la sous-région espère non seulement réduire sa facture d’importation, mais aussi renforcer durablement sa souveraineté alimentaire et améliorer la résilience de ses populations face aux chocs extérieurs.
Jean Luc Atangana

