Au Cameroun/Nécrologie : DECÈS DU MEMBRE DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL ET ANCIEN AMBASSADEUR CAMEROUNAIS, BAH OUMAROU SANDA À L’ÂGE DE 86 ANS À YAOUNDÉ.
Une silhouette familière et respectée des grands sommets de la République s’en est allée. Le magistrat hors hiérarchie Bah Oumarou Sanda s’est éteint ce vendredi 7 août 2026 à Yaoundé, à l’âge de 86 ans. Avec sa disparition, le Cameroun…
Une silhouette familière et respectée des grands sommets de la République s’en est allée. Le magistrat hors hiérarchie Bah Oumarou Sanda s’est éteint ce vendredi 7 août 2026 à Yaoundé, à l’âge de 86 ans. Avec sa disparition, le Cameroun ne perd pas seulement un haut fonctionnaire au parcours impressionnant : il pleure l’un de ses serviteurs les plus constants et les plus discrets, un homme dont l’existence tout entière s’est confondue avec les rouages et l’histoire moderne de nos institutions. Né le 10 mai 1940 au cœur du Grand Nord, à Garoua, Bah Oumarou Sanda incarnait cette génération de grands commis de l’État forgés par la rigueur du droit et le sens sacré du service public. Très tôt orienté vers la magistrature, il a franchi un à un les échelons d’une carrière exemplaire, guidé par une exigence morale et une impartialité sans faille. Son professionnalisme et sa maîtrise fine de l’appareil législatif le mènent au Palais de verre de Ngoa-Ekelle, où il sert la Nation pendant de nombreuses années.
En tant que secrétaire général adjoint et chargé des affaires administratives de l’Assemblée nationale, il veille avec méthode à la continuité du travail parlementaire, devenant une mémoire vivante des lois et de leur fabrique. Preuve de sa valeur inestimable, son départ à la retraite, initialement prévu en 2005, est prorogé par décret présidentiel jusqu’en 2007 : l’État ne pouvait se passer si facilement de son expertise. Mais l’homme d’épitoge était aussi un diplomate chevronné. Le 22 février 2008, le chef de l’État lui confie une mission d’une sensibilité rare : représenter le Cameroun en qualité d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire au Tchad. À N’Djamena, pendant dix ans, Bah Oumarou Sanda œuvre avec patience, finesse et fermeté dans un contexte régional souvent complexe et agité. Entre gestion des crises frontalières, renforcement de la coopération sécuritaire et maintien des liens fraternels entre les deux peuples, il marque la diplomatie camerounaise d’une empreinte indélébile, faite de retenue, d’écoute et de tact. Rappelé à Yaoundé en février 2018, il est immédiatement porté vers l’un des plus hauts sommets de l’édifice institutionnel : le Conseil constitutionnel.
En prêtant serment comme membre de cette haute juridiction naissante, il prend la responsabilité colossale de veiller à la régularité des consultations électorales et de garantir le respect absolu de la loi fondamentale. Pendant plus de huit ans, il apporte à la table du Conseil sa sagesse de juge, sa maîtrise des textes et sa profonde connaissance des équilibres politiques du pays. Son décès, survenu aujourd’hui à Yaoundé, plonge l’ensemble du monde judiciaire, diplomatique et politique dans une vive émotion. Il intervient d’ailleurs à un moment singulier de la vie nationale, où le Conseil constitutionnel se trouve au centre d’intenses débats institutionnels. Alors que sa dépouille s’apprête à rejoindre la terre de ses ancêtres conformément aux rites et à la tradition musulmane, le pays entier s’arrête pour saluer la mémoire d’un homme qui aura servi la République jusqu’à son dernier souffle. De Garoua à N’Djamena, en passant par les couloirs du Palais de l’Unité et du Conseil constitutionnel, le nom de Bah Oumarou Sanda restera gravé dans les annales comme celui d’un serviteur exemplaire, un monument de devoir et de loyauté.
Georges Parfait Owoundi

