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Lithium : L’Afrique accélère sa production au moment où les prix menacent de replonger
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Lithium : L’Afrique accélère sa production au moment où les prix menacent de replonger

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03/09/20260 vues1 articles
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Lithium : L’Afrique accélère sa production au moment où les prix menacent de replonger

Après une longue période de baisse entre 2023 et 2025, le marché mondial du lithium avait commencé à retrouver des couleurs au second semestre 2025. Mais cette embellie pourrait ne pas durer. Alors que plusieurs pays africains augmentent rapidement leurs…

Après une longue période de baisse entre 2023 et 2025, le marché mondial du lithium avait commencé à retrouver des couleurs au second semestre 2025. Mais cette embellie pourrait ne pas durer. Alors que plusieurs pays africains augmentent rapidement leurs capacités de production, les perspectives du marché mondial se dégradent déjà sous l’effet d’une offre appelée à progresser plus vite que la demande.

Selon les prévisions de BMI, filiale de Fitch Solutions spécialisée dans l’analyse des marchés des matières premières, les prix du lithium devraient repartir à la baisse au cours du second semestre 2026. Cette perspective intervient alors que Benchmark Mineral Intelligence (BMI) table également sur un changement de configuration du marché à partir de 2027. Après une année 2026 qui devrait encore être légèrement déficitaire, le marché mondial pourrait basculer vers un excédent.

Pour les producteurs africains, cette évolution constitue un enjeu majeur. L’essor des activités minières sur le continent intervient en effet dans un contexte où les cours internationaux pourraient perdre une partie de leur vigueur. Les investissements engagés pour développer de nouvelles mines pourraient ainsi générer des recettes moins importantes que prévu si les prix se contractent durablement.

Une remontée des cours déjà fragilisée

Le lithium demeure l’une des matières premières les plus exposées aux fluctuations du marché. Après avoir atteint des niveaux historiques au cours du précédent cycle haussier, les cours ont connu une chute spectaculaire à partir de 2023. Le carbonate de lithium destiné aux batteries, vendu en Chine, avait dépassé 80 000 dollars la tonne à la fin de 2022.

Le marché s’est ensuite fortement retourné avant d’amorcer une reprise à partir de 2025. Cette remontée s’est notamment accélérée au début de 2026. À la mi-mai, le prix du carbonate de lithium chinois avait ainsi franchi la barre des 200 000 yuans, soit environ 29 400 dollars la tonne.

Cette dynamique s’est toutefois essoufflée au cours des mois suivants. Au 10 août 2026, Benchmark Mineral Intelligence évaluait le prix du carbonate de lithium CIF Asie à 18 160 dollars la tonne, contre 19 250 dollars à la fin juillet. Le spodumène, autre produit essentiel de la chaîne du lithium, a lui aussi reculé, passant de 2 069 à 2 000 dollars la tonne sur la même période. Cette évolution traduit les inquiétudes croissantes concernant l’équilibre entre l’offre et la demande mondiales.

Une production mondiale appelée à progresser rapidement

Le principal facteur de pression sur les cours réside dans le rythme de croissance de l’offre. Fitch Solutions prévoit une augmentation de 13,2 % de la production mondiale de lithium en 2026, alors que la demande ne progresserait que de 5,8 %.

L’écart est particulièrement important lorsqu’on le compare à la situation de 2025, année durant laquelle la demande avait augmenté de 18,5 %. Si cette tendance se confirme, le marché pourrait progressivement passer d’une situation de tension sur les approvisionnements à une configuration plus favorable aux acheteurs.

Benchmark Mineral Intelligence prévoit ainsi un déficit mondial d’environ 3 % en 2026, avant un retour à un léger excédent dès 2027. Un tel basculement pourrait exercer une pression supplémentaire sur les prix et réduire les marges des producteurs. Cette perspective intervient alors que les investissements dans le lithium se multiplient sur plusieurs continents, notamment en Afrique.

L’Afrique prend une place croissante sur le marché

Le continent africain est devenu en quelques années un nouvel espace stratégique pour l’industrie mondiale du lithium. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production minière africaine de lithium a progressé de 44 % en 2025. Le continent représente désormais environ 14 % de l’offre mondiale. Cette montée en puissance repose notamment sur le Zimbabwe et le Mali, qui disposent déjà de mines en activité. La République démocratique du Congo (RDC) vient également renforcer cette dynamique avec le projet Manono, exploité par le groupe chinois Zijin, qui a commencé à exporter du lithium en 2026.

D’autres projets doivent encore entrer en production. C’est notamment le cas d’Ewoyaa au Ghana, appelé à devenir l’un des principaux projets de lithium du pays. L’accélération de cette production africaine intervient donc à un moment particulièrement sensible pour le marché. Si plusieurs nouvelles mines atteignent leur rythme nominal au cours des prochaines années, elles contribueront à augmenter davantage les volumes disponibles à l’échelle mondiale.

Le Zimbabwe illustre l’importance des cours

L’évolution récente des exportations du Zimbabwe montre toutefois qu’une hausse des volumes ne suffit pas nécessairement à garantir une progression des recettes. Au premier trimestre 2026, le pays a exporté environ 240 826 tonnes de lithium, contre 224 610 tonnes un an auparavant, soit une augmentation d’environ 7 %. Dans le même temps, la valeur de ces exportations a plus que doublé, passant de 84,2 millions à 178,6 millions de dollars.

Cette différence illustre l’importance déterminante des prix internationaux. Lorsque les cours progressent, une augmentation relativement modeste des volumes peut générer des recettes considérablement plus élevées. À l’inverse, une correction des prix peut réduire les revenus malgré une production en hausse. Pour les pays africains qui misent sur le lithium afin d’accroître leurs recettes minières, cette volatilité constitue donc un risque important.

Des capacités limitées pour agir sur les prix

Les producteurs africains disposent par ailleurs d’une marge de manœuvre limitée pour influencer directement le marché mondial. La situation est différente de celle du cobalt, notamment en RDC, qui représente plus de 70 % de la production mondiale. Grâce à cette position dominante, Kinshasa dispose d’un levier important pour agir sur l’équilibre de l’offre, comme l’ont montré les restrictions récemment imposées sur certaines exportations de cobalt.

Aucun pays africain ne bénéficie actuellement d’une position comparable dans le lithium. Ni le Zimbabwe, ni le Mali, ni la RDC, ni les futurs producteurs du continent ne disposent individuellement d’un poids suffisant pour déterminer les prix internationaux. L’enjeu se situe donc davantage dans la capacité des États à conserver une part plus importante de la valeur créée localement.

Transformer davantage avant d’exporter

Le Zimbabwe semble vouloir emprunter cette voie. Le gouvernement prévoit d’interdire les exportations de concentré de lithium à partir de janvier 2027 et encourage parallèlement la transformation du minerai sur son territoire. Le pays a déjà commencé à exporter ses premiers volumes de sulfate de lithium.

Cette stratégie vise à éviter que le continent ne reste cantonné à l’extraction et à l’exportation de matières premières brutes. En développant des activités de transformation, les pays producteurs peuvent espérer accroître leurs recettes, créer davantage d’emplois et développer une industrie locale autour de la chaîne de valeur des batteries. Mais cette ambition se heurte elle aussi à l’évolution des prix mondiaux. Si le marché devient excédentaire à partir de 2027, les projets de transformation devront composer avec une rentabilité potentiellement moins favorable.

Un défi pour les nouveaux producteurs africains

Pour le Mali, la RDC, le Ghana et les autres pays qui développent actuellement leurs projets de lithium, la question dépasse donc la seule capacité à produire. Il s’agit désormais de déterminer dans quelle mesure les recettes attendues pourront être maintenues dans un environnement international plus volatil. Les projections de prix utilisées pour évaluer la rentabilité des projets miniers pourraient en effet être revues si l’offre mondiale augmente plus rapidement que prévu. Une baisse prolongée des cours pourrait affecter les revenus fiscaux, les bénéfices des opérateurs et la capacité des États à financer leurs infrastructures et leurs politiques de développement.

Le continent conserve néanmoins d’importants atouts, notamment ses ressources minières et la proximité de marchés industriels majeurs. Pour en tirer pleinement profit, les pays producteurs devront renforcer la transformation locale, améliorer les infrastructures, sécuriser les investissements et surtout éviter de dépendre exclusivement de la vente de minerais bruts. L’Afrique est donc appelée à produire davantage de lithium, mais le véritable défi sera désormais de transformer cette montée en puissance minière en valeur économique durable, alors que le marché mondial pourrait entrer dans une nouvelle phase de surplus dès 2027.

Françoise ESSONO

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