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Festival « Mes Menstrues Libres » : Quand la dignité menstruelle devient un droit humain au Cameroun
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Festival « Mes Menstrues Libres » : Quand la dignité menstruelle devient un droit humain au Cameroun

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30/05/20260 vues1 articles
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Festival « Mes Menstrues Libres » : Quand la dignité menstruelle devient un droit humain au Cameroun

Portée par l’association Sourires de Femmes, la première édition camerounaise de ce festival féministe panafricain s’est déployée entre Akonolinga et Yaoundé. L’objectif : substituer le concept de « dignité menstruelle » à celui de simple « hygiène », pour lutter…

Portée par l’association Sourires de Femmes, la première édition camerounaise de ce festival féministe panafricain s’est déployée entre Akonolinga et Yaoundé. L’objectif : substituer le concept de « dignité menstruelle » à celui de simple « hygiène », pour lutter contre la précarité et la déscolarisation des jeunes filles.

​Les menstruations ne sont ni une maladie, ni une saleté. C’est le message fort et sans équivoque qu’a voulu faire passer la première édition camerounaise du festival « Mes Menstrues Libres ». Lancé en 2023 par les activistes féministes Amandine Yao et Salematou Balde, cet événement, premier festival en Afrique dédié à la déconstruction des tabous autour des règles, a déjà conquis la Côte d’Ivoire, le Togo et la Guinée. En ce mois de mai 2026, en marge de la Journée Mondiale de l’Hygiène Menstruelle, c’est au Cameroun que le festival a posé ses valises, porté avec détermination par l’association locale Sourires de Femmes.

​​​Pendant longtemps, les politiques publiques et les discours associatifs se sont cantonnés au terme d’hygiène menstruelle. Un prisme sémantique que le festival souhaite dépasser pour imposer le concept plus global et politique de dignité menstruelle.

Pour Eyono Ndong Winnie, coordinatrice exécutive de l’association Sourires de Femmes, ce glissement de vocabulaire est capital, particulièrement dans l’arrière-pays. « Lorsqu’on parle d’hygiène menstruelle, on associe inconsciemment les règles à quelque chose de sale. On voit tout de suite cette jeune fille qui a une tâche sur son uniforme et les moqueries des garçons qui s’ensuivent », explique-t-elle. « En milieu rural, à Akonolinga par exemple, le manque d’accès aux protections et la honte poussent de nombreuses jeunes filles à déserter les bancs de l’école pendant leurs règles, finissant parfois par abandonner totalement leurs études. Parler de dignité, c’est s’attaquer de front à cette précarité menstruelle pour maintenir les filles à l’école. »

​Pour lier la parole à l’acte, le festival a notamment proposé des ateliers pratiques permettant aux participantes d’apprendre à fabriquer leurs propres serviettes hygiéniques lavables à l’aide de matériaux simples et accessibles.

​Au-delà des règles : La santé globale des femmes en question

​La dignité menstruelle ne s’arrête pas à la gestion du flux, elle englobe la santé globale du corps féminin. Le festival s’est donné pour mission d’outiller les femmes face à des pathologies chroniques encore trop souvent sous-diagnostiquées ou passées sous silence, telles que l’endométriose, le Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK) ou les fibromes utérins. « La dignité concerne toutes les femmes », insiste Eyono Ndong Winnie. « Beaucoup vivent avec des douleurs incapacitantes ou des dérèglements hormonaux sévères sans comprendre ce qui se passe dans leur corps. Nous voulons les inciter à s’informer, à comprendre leur cycle et à chercher une orientation médicale et des conseils avisés auprès des partenaires spécialisés que nous avons mobilisés. »

Pour Nga Essengue Odette Priscille, bénévole au sein de l’association Sourires de Femmes, le cantonnement des règles au domaine du strict privé nuit gravement à la santé des jeunes filles. « Au XXIe siècle, il est important que nos pères assistent à ce genre d’événements où on rend un peu les menstruations publiques. On a l’impression que tout ce qui concerne les menstruations doit toujours rester privé, et on ne réalise pas l’impact que cela a sur la jeune fille. Par exemple, face à des maladies comme l’endométriose ou les SOPK, on a toujours l’impression que les douleurs liées aux menstruations sont normales, alors que parfois, ce n’est pas normal. »

​Impliquer les hommes pour transformer la société

​Bien que profondément féministe, le festival « Mes Menstrues Libres » se veut un espace mixte et accessible à tous. Les organisatrices ont insisté sur la nécessité d’inclure les hommes, pères, frères, enseignants, conjoints dans les discussions. Une stratégie indispensable pour déconstruire les préjugés et installer une culture du soutien de manière générale. « Si une femme a un problème, c’est toute la société qui a un problème », tranche la coordinatrice exécutive de Sourires de Femmes. « Nous voulons que les hommes comprennent le processus biologique des menstruations. Qu’ils cessent de penser qu’une femme qui souffre ou qui n’arrive pas à travailler “fait semblant”. Les règles sont un sujet de santé réelle. En impliquant les hommes, on brise plus facilement le cercle de la honte et on crée un environnement protecteur pour les femmes. »

​En réussissant le pari de réunir une communauté diversifiée autour d’une thématique encore entourée de non-dits, le festival « Mes Menstrues Libres » pose un acte fondateur au Cameroun. Il rappelle avec force que les menstruations ne relèvent pas de la sphère privée et honteuse, mais constituent un enjeu de droits humains, d’éducation et de santé publique nationale.

Rappelons que le déploiement de l’événement a été stratégique. Une première journée immersive en milieu rural à Akonolinga le 19 mai, suivie de deux jours de rassemblement, de plaidoyer et d’ateliers à l’Institut Français du Cameroun (IFC) de Yaoundé, les 29 et 30 mai. Au total, plus de 300 participant.e.s, partenaires féministes et officiels ont été mobilisés pour faire de ce rendez-vous un espace d’expression, de réflexion et de sororité.

Albert BOMBA

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