Climat et biodiversité : Le Cameroun face à l’urgence environnementale
À l’occasion d’un café thématique organisé le 17 septembre 2026 à Yaoundé, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, Hélé Pierre, a présenté plusieurs données sur l’état de l’environnement au Cameroun. Ces chiffres…
À l’occasion d’un café thématique organisé le 17 septembre 2026 à Yaoundé, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, Hélé Pierre, a présenté plusieurs données sur l’état de l’environnement au Cameroun. Ces chiffres mettent en évidence les pressions exercées sur les forêts, les ressources en eau, les sols, la biodiversité et la qualité de l’air.
Les échanges, placés sous le thème « Explorer les nouvelles voies de la collaboration entre le MINEPDED et le Système des Nations Unies sous le prisme de l’approche One United Nations (One UN) », ont permis de mettre en lumière les principaux défis environnementaux auxquels le pays est confronté.
Selon le dernier inventaire national cité par le ministre, les émissions camerounaises de gaz à effet de serre atteignent environ 117 443 Gg équivalent CO₂ en 2020. Le CO₂ représente près de 62 % de ce volume, contre environ 26 % pour le méthane (CH₄) et 11,5 % pour le protoxyde d’azote (N₂O).
L’agriculture, la foresterie et les autres affectations des terres constituent la principale source, avec près de 80 % des émissions, notamment à travers le brûlage de biomasse, la fermentation entérique, les émissions des sols gérés et la riziculture. L’énergie arrive ensuite avec environ 11 %, suivie des déchets avec 8 %. Les procédés industriels représentent, quant à eux, moins de 1 %. Malgré cette situation, le Cameroun conserve une fonction importante dans la régulation climatique. Le pays demeure globalement considéré comme un puits de carbone, avec une capacité nette d’absorption estimée à environ 19 860 Gg équivalent CO₂ par an. La préservation de cette capacité dépend toutefois de la conservation des écosystèmes forestiers et de la restauration des espaces dégradés.
Une biodiversité sous pression
Le ministre a également alerté sur le recul de la couverture forestière. Celle-ci serait passée de 22,5 millions à 18 millions d’hectares entre 2000 et 2023, soit une perte moyenne estimée à 180 000 hectares par an.
Les pressions touchent également les milieux aquatiques et la faune. Selon les données présentées, les écosystèmes aquatiques auraient perdu 25 % de leur fonctionnalité écologique, tandis que les zones humides auraient régressé de 30 %. Les populations de grands mammifères auraient, pour leur part, diminué de 60 %. Plus de 420 espèces sont classées menacées selon les références citées par le ministre, tandis que 846 espèces végétales sont concernées et que plus d’un tiers des espèces d’arbres seraient en danger. Face à cette érosion, la stratégie 2025-2030 ambitionne d’étendre les aires protégées à 30 % des terres et des côtes et à 20 % du milieu marin, contre environ 11 % actuellement.
Eau, sols et qualité de l’air
Le dérèglement climatique accentue également les difficultés liées à l’eau. Étiage des cours d’eau, baisse des débits, tarissement de certains points d’eau et diminution des nappes phréatiques s’ajoutent aux effets de la pollution. Le déversement des boues de vidange, le rejet des eaux usées et le déficit d’infrastructures d’assainissement constituent d’autres facteurs de dégradation des milieux aquatiques.
Les sols sont eux aussi soumis à de fortes contraintes : surcharge agropastorale, érosion, glissements de terrain et pratiques culturales inadaptées. Pour y répondre, le Plan national climat prévoit notamment le reboisement de 650 000 hectares de terres et paysages dégradés ainsi que la protection de 3,3 millions d’hectares de forêts. La CDN 3.0 vise, de son côté, la reforestation de 8 millions d’hectares et l’évitement de la déforestation sur 2 millions d’hectares d’ici 2035.
Dans les villes, la pollution atmosphérique provient principalement des transports routiers, des combustibles fossiles, du brûlage de biomasse et des feux de brousse, avec des répercussions sanitaires pour les populations.
Des objectifs à traduire en actions
Pour répondre à ces enjeux, le Cameroun s’appuie sur plusieurs instruments, dont la SND30, le Plan national climat, la CDN 3.0 et l’Agenda climatique du Cameroun, ainsi que sur les engagements pris dans le cadre des conventions internationales relatives au climat, à la biodiversité, à la désertification et aux substances dangereuses.
Les orientations nationales reposent notamment sur l’adaptation au changement climatique, la réduction des émissions, la gestion intégrée des ressources en eau, la transition énergétique, l’économie circulaire, la restauration des terres et la conservation de la biodiversité.
Le gouvernement prévoit notamment de porter à 25 % la part des énergies renouvelables dans le bouquet électrique national et de développer une économie verte et bleue susceptible de créer des opportunités pour les jeunes et les femmes. Pour le ministre Hélé Pierre, ces données doivent surtout servir de base à l’action. La coopération avec le Système des Nations Unies apparaît ainsi comme un levier pour renforcer les capacités du pays, mobiliser les ressources et accélérer la mise en œuvre des engagements environnementaux.
Albert BOMBA

