Clément Atangana : parcours, pouvoir institutionnel et controverses d’un arbitre majeur de la vie électorale camerounaise
Clément Atangana : le magistrat qui a occupé une place centrale dans l’arbitrage électoral au Cameroun Par Anne Edoun Clément ATANGANA, né le 20 septembre 1941 à Ekoumeyeck, dans l’arrondissement de Ngomedzap, département du Nyong-et-So’o, était un haut magistrat camerounais.… Read More
Clément Atangana : le magistrat qui a occupé une place centrale dans l’arbitrage électoral au Cameroun
Par Anne Edoun
Clément ATANGANA, né le 20 septembre 1941 à Ekoumeyeck, dans l’arrondissement de Ngomedzap, département du Nyong-et-So’o, était un haut magistrat camerounais. Il est décédé le 4 octobre 2026 en France, à l’âge de 85 ans.
Il restera surtout dans l’histoire institutionnelle comme le premier président du Conseil constitutionnel effectivement mis en fonction au Cameroun.
Juriste de formation, il obtient une licence en droit privé à l’Université de Yaoundé avant de passer par l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM). Il suit également une formation à l’Institut international d’administration publique de Paris. Il entre dans la magistrature en 1968. Sa longue carrière le conduit notamment dans les juridictions de Nkongsamba, Eséka, Bafia, Douala, Mora, Sangmélima et Yaoundé. Il exerce également comme procureur général près la Cour d’appel de Garoua, président de la Cour d’appel de Yaoundé, puis conseiller à la Cour suprême.
Élections présidentielles
Un aspect essentiel de son parcours est son implication dans le traitement des élections. Alors président de la Chambre administrative de la Cour suprême, il dirige pendant environ 17 ans, de 1997 à 2014, la Commission nationale de recensement général des votes. Cette expérience le place déjà au cœur du dispositif de centralisation des résultats électoraux bien avant la mise en fonctionnement du Conseil constitutionnel. Il prend sa retraite de la magistrature en décembre 2014 et exerce ensuite comme avocat.
Le 7 février 2018, le président Paul BIYA le nomme président du Conseil constitutionnel. Cette nomination est historique : bien que l’institution ait été prévue par la Constitution de 1996, elle n’avait pas encore été effectivement mise en place. Clément ATANGANA devient donc son premier président. En janvier 2024, son mandat est renouvelé pour six ans par décret présidentiel.
Il faut toutefois distinguer sa fonction de celle d’un responsable politique classique : Clément ATANGANA n’a pas été ministre, député ou chef d’un parti politique. Son influence sur la vie politique camerounaise découlait principalement de ses responsabilités judiciaires et constitutionnelles.
Conseil Constitutionnel
Le Conseil constitutionnel statue notamment sur le contentieux des élections présidentielle et parlementaires et proclame les résultats définitifs de l’élection présidentielle. Sous sa présidence, il a ainsi joué un rôle majeur lors des présidentielles de 2018 et 2025. En octobre 2025, c’est encore le Conseil réuni sous sa présidence qui a rendu la décision proclamant les résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre.
Des controverses surtout liées à son impartialité.
La plus importante polémique éclate lors du contentieux de la présidentielle de 2018. Les avocats du Pr Maurice KAMTO demandent alors la récusation de plusieurs membres du Conseil constitutionnel, dont son président, en invoquant une « suspicion légitime » et des liens supposés de certains conseillers avec le RDPC. L’argumentation concernant Clément ATANGANA mentionnait notamment le fait que son épouse était députée du RDPC. Le Conseil constitutionnel rejette finalement ces demandes de récusation comme irrecevables.
Face aux accusations de proximité politique, Clément ATANGANA avait pour sa part déclaré en 2018 : « Moi, je n’appartiens à aucun parti politique », affirmant avoir conservé son indépendance de magistrat.
Une nouvelle controverse apparaît en 2024, à l’approche de la présidentielle de 2025. Sa présence à une assemblée d’élites du Nyong-et-So’o est médiatisée après qu’une motion de soutien à Paul BIYA aurait été lue à l’issue de la rencontre.
Des commentateurs y voient un problème d’impartialité pour celui qui devait présider l’institution chargée d’arbitrer le futur contentieux présidentiel. Clément ATANGANA conteste cependant cette présentation : par l’intermédiaire de son avocat, il affirme avoir assisté à la rencontre comme élite du département et nie avoir participé à l’élaboration ou au soutien d’une initiative politique. Les responsables de l’association concernée ont également affirmé qu’il n’avait ni conçu ni signé la motion.
Ainsi, Clément ATANGANA était avant tout un magistrat de carrière devenu un acteur central de l’histoire électorale et constitutionnelle du Cameroun. Sa longévité dans les institutions judiciaires, sa présidence du premier Conseil constitutionnel et son rôle dans la proclamation des résultats présidentiels en ont fait une personnalité incontournable. Mais cette position particulièrement sensible l’a aussi placé au centre de débats récurrents sur l’indépendance et l’impartialité de l’institution chargée de trancher les litiges électoraux.

