Cancer pédiatrique : Mori’s Child Foundation redonne aux enfants malades le goût de l’école
Le 7 septembre 2026, jour de la rentrée scolaire officielle au Cameroun, le service d’hémato-oncologie du Centre Mère et Enfant de la Fondation Chantal Biya, à Yaoundé, a connu une rentrée pas comme les autres. L’ONG Mori’sChild Foundation y a…
Le 7 septembre 2026, jour de la rentrée scolaire officielle au Cameroun, le service d’hémato-oncologie du Centre Mère et Enfant de la Fondation Chantal Biya, à Yaoundé, a connu une rentrée pas comme les autres. L’ONG Mori’sChild Foundation y a organisé la troisième édition des « Happy Class », une initiative destinée à permettre aux enfants atteints de cancer de poursuivre leur scolarité malgré les contraintes liées à leur traitement.
En présence des enfants hospitalisés, de leurs familles et du personnel soignant, cette rentrée symbolique a rappelé un principe au cœur de l’action de l’organisation : la maladie ne doit pas priver un enfant de son droit d’apprendre, de jouer, de créer et de rêver. Créée en 2021, Mori’sChild Foundation s’est donné pour mission d’améliorer la qualité de vie et les chances de guérison des enfants atteints de cancer. Pour sa présidente, Ruth-Grace Ngo Nyobe, l’engagement de l’organisation est né d’un constat douloureux sur les conséquences de la maladie pour les enfants et leurs familles.
La création de la Happy Class trouve également son origine dans une expérience particulièrement marquante. Le premier enfant officiellement accompagné par la fondation avait repris une scolarité classique après son traitement, alors que son état nécessitait encore une période de prudence et de suivi. Victime d’une récidive, il est décédé. Cette disparition a conduit l’équipe à s’interroger sur la manière de concilier soins médicaux et continuité scolaire. La réponse prendra la forme d’une « école à l’hôpital ».
Apprendre au rythme des soins
Coordonnée par Simon Cardin Neyeng, la Happy Class adapte l’enseignement à l’état de santé des jeunes patients. Les cours, d’une durée maximale de quatre heures par jour, commencent après 10 heures afin de tenir compte des soins médicaux. La formation couvre la maternelle, le primaire ainsi que plusieurs disciplines du secondaire, notamment le français, l’anglais, les mathématiques et la physique. L’objectif n’est cependant pas d’imposer un rythme scolaire classique à des enfants fragilisés par la maladie. Lorsque leur état ne leur permet pas de suivre les cours, l’équipe pédagogique privilégie les activités ludiques ou l’accompagnement psychologique. « Nous allons au rythme de l’enfant », explique Simon Cardin Neyeng.
Depuis le lancement du programme en 2024, 53 enfants ont déjà bénéficié d’une scolarisation, tandis que quatre ont obtenu des diplômes officiels. La fondation ambitionne d’atteindre dix diplômes à l’horizon 2027. Le choix du jour officiel de la rentrée scolaire n’est donc pas anodin. Pour Ruth-Grace Ngo Nyobe, il s’agit de rappeler que les enfants malades restent des élèves à part entière. « Ce sont des enfants comme les autres », insiste-t-elle, soulignant la nécessité de combattre les préjugés et la stigmatisation liés au cancer.
Soins, éducation et solidarité
L’action de Mori’sChild Foundation ne se limite pas à l’éducation. L’organisation intervient également dans la sensibilisation au cancer pédiatrique, l’accès aux traitements, les besoins en produits sanguins, le soutien psychologique et le suivi post-cancer. Elle encourage notamment les dons de sang, de plaquettes, de plasma et de moelle osseuse.
Le témoignage du père de Joseph, 13 ans, en rémission d’un lymphome de Burkitt, illustre l’importance de cet accompagnement. Après plusieurs errances médicales, la famille a bénéficié d’un soutien financier de la fondation pour faire face aux dépenses de santé. Aujourd’hui, Joseph poursuit ses études avec l’appui de deux enseignants mobilisés pour les matières scientifiques et littéraires.
L’ONG a par ailleurs annoncé la fin du parcours de soins de Max et Astride, une nouvelle accueillie comme un encouragement à poursuivre le combat. Elle a également salué le geste de deux enfants de 14 et 8 ans ayant collecté 5 000 FCFA pendant les vacances afin d’offrir des fournitures scolaires aux jeunes patients.
À travers son concept « 100 francs + 100 francs = une seringue », Mori’sChild Foundation appelle enfin à une mobilisation collective. Pour sa présidente, chaque contribution peut participer au diagnostic, aux soins, aux transfusions, à l’éducation ou au soutien psychologique.
La Happy Class se veut ainsi plus qu’une salle de classe. Elle représente un espace où l’enfant malade retrouve une part de sa vie normale et peut continuer à construire son avenir. « L’enfant est l’enfant de la communauté », rappelle Ruth-Grace Ngo Nyobe, convaincue que la solidarité collective reste indispensable pour vaincre le cancer pédiatrique.
En maintenant l’école au cœur du parcours de soins, Mori’sChild Foundation veut faire de l’hôpital non plus seulement un lieu de traitement, mais aussi un espace d’apprentissage et d’espoir. Une manière de rappeler que derrière chaque diagnostic se trouve d’abord un enfant qui veut vivre, apprendre et grandir.
Françoise ESSONO




